À Saint-Malo, l'électricité est pénalisée là où elle gagne dans le Sud

En bref
À Saint-Malo, 9,5 % des logements chauffés à l'électricité sont classés F ou G, contre 3,3 % de ceux au gaz naturel. C'est l'inverse des villes méditerranéennes, où l'électricité domine le haut du classement.
Le climat maritime et le type de bâti expliquent ce renversement.
Un résultat qui contredit le Sud
Sur les 17 744 diagnostics malouins, la comparaison entre énergies donne un classement inattendu.
Les 10 642 logements chauffés au gaz naturel affichent 3,3 % de passoires. Les 6 578 chauffés à l'électricité en comptent 9,5 %, soit près de trois fois plus.
À Antibes, la même comparaison donne l'inverse : 1,8 % pour l'électricité contre 2,4 % pour le gaz, avec 26,0 % de classes A ou B côté électrique contre 5,8 % côté gaz. Le même équipement, deux verdicts opposés.
La longueur de la saison de chauffe
La première explication est climatique, mais pas au sens qu'on imagine. Le climat malouin n'est pas froid : les hivers y sont doux, adoucis par la mer.
Il est en revanche long et humide. La saison de chauffe s'étire d'octobre à avril, sans les pointes de froid continentales mais sans les interruptions méditerranéennes non plus. Or le calcul du DPE additionne des besoins sur toute cette durée : un chauffage sollicité sept mois par an pèse davantage qu'un chauffage utilisé quatre mois, même moins intensément.
Le type de logement derrière le chiffre
La seconde explication est structurelle, et elle est décisive.
L'électricité équipe massivement, à Saint-Malo, les logements les plus exposés : maisons individuelles anciennes et petites surfaces chauffées aux convecteurs. Les maisons malouines affichent 15,2 % de passoires contre 4,3 % pour les appartements. Le gaz, lui, dessert surtout le parc collectif du continent, mieux protégé par la mitoyenneté.
L'énergie est donc en partie un marqueur du type de bien, pas seulement une cause en soi.
Le convecteur, équipement le plus pénalisé
Dans le détail, le chauffage électrique recouvre des réalités très différentes. Un convecteur à résistance des années 1980 et une pompe à chaleur récente sont tous deux « électriques », sans avoir rien en commun.
Le premier consomme un kilowattheure pour restituer un kilowattheure de chaleur. La seconde en restitue trois ou quatre. Sur les étiquettes malouines, ce sont les convecteurs anciens installés dans du bâti non isolé qui tirent la moyenne vers le bas, pas la technologie électrique en elle-même.
La réforme de 2026 rebat partiellement les cartes
Un changement récent joue en faveur de ces logements. Depuis le 1er janvier 2026, le coefficient de conversion de l'électricité en énergie primaire est passé de 2,3 à 1,9, en application de l'arrêté du 13 août 2025.
Un diagnostic malouin établi avant cette date sur un logement électrique applique donc l'ancienne règle et sous-estime le bien, parfois d'un cran entier. Sur les 6 578 logements concernés, c'est le geste le moins coûteux disponible : refaire le calcul avant de refaire quoi que ce soit d'autre.
Le fioul reste très loin derrière
Une précision pour situer les ordres de grandeur. Les 252 logements malouins encore chauffés au fioul affichent 64,3 % de passoires, et aucun n'atteint les classes A ou B.
À ce niveau, le débat entre gaz et électricité devient secondaire : c'est la sortie du fioul qui commande, quelle que soit l'énergie de remplacement retenue.
L'humidité, le paramètre que le DPE ignore
Sur ce littoral, un facteur pèse lourd sur le confort réel sans apparaître dans l'étiquette : l'humidité de l'air, constante une grande partie de l'année.
Un logement chauffé par convecteurs et mal ventilé y concentre la vapeur, avec condensation et moisissures à la clé. Le diagnostic ne mesure aucune hygrométrie. Sur un bien malouin, traiter la ventilation en même temps que le chauffage n'est donc pas un raffinement, c'est une nécessité.
Ce que nous conseillons avant de vendre
Regardez l'énergie de chauffage et la date du diagnostic. Si le logement est électrique et que le document précède 2026, refaites-le en priorité.
Si vous envisagez des travaux, une pompe à chaleur reste de l'électricité mais change complètement le résultat, sans avoir à toucher au raccordement gaz. Un audit énergétique chiffre les scénarios. Le reste suit le dossier de vente, avec l'état des risques à vérifier par adresse, la submersion marine concernant plusieurs secteurs malouins.
Questions fréquentes
L'électricité est-elle vraiment pénalisée à Saint-Malo ?
Les logements électriques y affichent 9,5 % de passoires contre 3,3 % pour le gaz, soit près de trois fois plus. À Antibes, la comparaison s'inverse : 1,8 % pour l'électricité contre 2,4 % pour le gaz.
Pourquoi ce résultat diffère-t-il du Sud ?
Par la longueur de la saison de chauffe, sept mois environ sous un climat doux mais humide, et par le type de logements équipés : à Saint-Malo l'électricité chauffe surtout des maisons anciennes et des petites surfaces à convecteurs.
Une pompe à chaleur change-t-elle la donne ?
Nettement. Un convecteur restitue un kilowattheure pour un consommé, une pompe à chaleur en restitue trois ou quatre. Ce sont les convecteurs anciens en bâti non isolé qui tirent les étiquettes malouines vers le bas, pas l'électricité en soi.
Faut-il refaire mon DPE électrique ?
S'il date d'avant le 1er janvier 2026, oui. Le coefficient de conversion est passé de 2,3 à 1,9 : l'ancien document applique la règle précédente et sous-estime le bien, parfois d'un cran entier.
Sources officielles
- Service-Public.fr : Diagnostic de performance énergétique (DPE) · Obligations, validité et contenu du DPE.
- ADEME : Observatoire des DPE et audits · Statistiques publiques des DPE réalisés en France.
- Géorisques (ministère de la Transition écologique) · État des risques par adresse (inondation, argiles, termites, radon).
- Annuaire officiel des diagnostiqueurs certifiés · Vérifier la certification d'un diagnostiqueur.